Mes Historiettes

Déclics culturels qui sauvent la vie… #03

Déclics

« Et toi, qu’est-ce qui te [re]donne envie de t’attarder sur cette Terre ? »

Par deux fois la semaine dernière je me suis aventurée à répondre à la question d’Ina Mihalache, posée sur son blog Solange te parle. Je suis revenue sur ces découvertes qui ont jalonné mon enfance, mon adolescente et mon entrée dans l’âge adulte, et à travers elles j’ai également parlé un peu de moi. Aujourd’hui, avec un ultime billet, je viens mettre un point final à mon exercice introspectif.

*                    *                    *

Alors que j’achève la dernière de mes trois années de Lettres Modernes, j’ai l’intime conviction de ne pas avoir ma place en Master. C’est d’amour que j’aime la littérature, mais aurais-je la patience et la pédagogie suffisantes pour l’enseigner à d’autres ? J’en doute fort. Alors que je vois se refermer les portes de l’éducation nationale, mes proches, pour qui ma passion naissante de la photographie n’est pas passée inaperçue, me poussent à tenter le concours de l’Ecole Supérieure des Arts de Tournai, St Luc pour les intimes. Après un examen écrit et un entretien oral, je suis belge d’adoption pour la rentrée 2009. Finalement très peu satisfaite de l’enseignement dispensé, je n’étudie que deux ans sur Tournai. Deux années durant lesquelles je vais néanmoins découvrir de jolies choses en m’initiant à l’Art Contemporain. Et deux artistes notamment vont me bouleverser à travers leurs performances. La première, la serbe Maria Abramović qui étudie et repousse ses limites physiques et mentales à travers l’Art Corporel dont elle est l’une des figures emblématiques. La seconde, la belge Anne Teresa de Keersmaeker, chorégraphe de profession, qui explore les liens ténus entre la danse et la musique. Je n’ai pas les mots pour décrire leurs travaux, il faut juste admirer ces deux femmes à l’oeuvre…

Fase

Mon séjour en Belgique est également l’occasion d’enrichir ma culture de l’image. Dans un premier temps je suis très touchée par l’humanisme qui émane des clichés d’Izis, de Willy Ronis ou d’Henri Cartier-Bresson. Puis, ayant la chance de les voir exposées, je suis fascinée par le malaise et la violence qui se dégagent des images de Diane Arbus ou de Nan Goldin, et ce n’est pas tout à fait indemne que je ressors de ces expositions. Enfin je reste bluffée par les techniques de lumière et la perception de la réalité d’artistes comme Jeff Wall ou Gregory Crewdson. Je n’en cite qu’une maigre poignée, mais ils sont nombreux ces photographes qui me confortent dans l’idée que c’est là le métier que je veux exercer. Après mes deux années d’expatriation, je reviens en France pour continuer d’étudier la photographie dans le cadre d’un contrat d’apprentissage avec un grand studio publicitaire.

5.1.2

Aujourd’hui, enfin, j’ai l’impression d’être à ma place. Quand je regarde en arrière, je ne regrette pas la moindre année de mes errances estudiantines. Ce parcours atypique est rempli de ces coups de cœur qui font que parfois je ressens juste l’envie de m’arrêter et contempler la vie qui m’est offerte, alors qu’au final elle n’en reste pas moins qu’une brève histoire de poussière et de cendre. Le mot de la fin ne pouvait aller qu’à Renaud Dillies, puisque c’est incontestablement lui, le dernier de mes déclics culturels.  Merci à celle qui m’a redonné le goût de la lecture et a partagé avec moi ses plus belles découvertes. Et merci à celles et ceux, qui continuent de me partager les leurs aujourd’hui.

That’s all, folks !

Abélard

14 réflexions sur “Déclics culturels qui sauvent la vie… #03

  1. Ce n’est pas parce qu’on aime une matière qu’on sera prêt à y consacrer toute une vie, sans parler de la pédagogie nécessaire pour l’enseigner à d’autres. Si tu te sens une passion véritable pour la photographie, je ne peux que t’encourager à te lancer, car le bonheur au quotidien, n’est au final, ni plus ni moins « aimer ce que l’on fait ». Sachant le nombre d’heures que prend une vie professionnelle dans une journée, passer à côté de ses envies serait la pire des choses.

  2. Oh, c’est déjà fini ?.. 😦

    Quelle agréable lecture et quelle agréable façon de te (se) découvrir. C’est amusant de voir combien chaque parcours est unique et pourtant, remarquer qu’il existe des embranchements communs. Comment la lecture peut naître chez Agatha Christie pour devenir dévorante chez Stephen King. Deux auteurs qui ont créé chez moi aussi l’engouement pour la lecture. Chose que l’école ou la famille n’étaient jamais parvenues à réaliser.

    Le lycée a été pour moi la période qui a enrichi mon moi culturel. C’est au lycée que j’ai lu jusqu’à la boulimie, trouvant dans la littérature de genre (fantastique, horreur, science-fiction, fantasy) un vrai exutoire à mon imagination (avec ce rêve de créer à mon tour sans en avoir le talent). Chaque moment libre voyait apparaître un livre dans mes mains, avec cette même capacité automatique que peut avoir le smartphone aujourd’hui chez « les jeunes » (hé oui, on vieillit). Le lycée pour moi, c’était des cours pas très compliqué (vive les filières professionnelles et ses programmes) qui me permettait d’avoir suffisamment de temps libre pour assouvir mes besoins. Des besoins qui manquaient cruellement d’ordre.

    C’était l’époque avant internet où si l’on n’avait pas quelqu’un qui partageait nos passions on se retrouvait un peu seul avec nous-même. Une époque de consommation en quantité industrielle mais sans structure, sans rapport plus poussé. Devant ce qu’il m’apparaissait comme un manque, j’ai du trouver ailleurs ce besoins de structurer mon rapport à la culture. J’ai débuté, moi aussi, avec Ciné Live (ah ce CD-Rom…) puis l’Ecran Fantastique, pour le cinéma, la revue littéraire Ténèbres pour les romans, quelques magazines musicaux de métal et Génération Série(s) pour ce qui fut peut-être ma passion la plus durable et principale aujourd’hui.

    Ces lectures ont permis d’ouvrir mon horizon culturel. Mais il manquait l’interaction, le dialogue. Il y a eu la découverte d’une boutique de dvds d’occasion, tenu par quelqu’un d’à peine plus âgé que moi qui devint le point central où l’on pouvait discuter cinéma et séries. Un premier grand pas. L’autre, c’est internet. Avec internet on rencontre des gens que l’on n’aurait jamais pu croiser, on discute, on échange dans une certaine connivence, sans échelle de valeur où le jeune néophyte peut discuter avec des personnes éclairées et éclairantes. Notamment DVDClassik, son forum (pour ne pas le citer), sans qui je ne serai certainement pas en train d’écrire ces lignes. De belles rencontres et une passion qui se structure, prend forme, se développe et qui amène à penser autrement son rapport à son moi-culturel.

    Je n’ai jamais pensé pouvoir professionnaliser une passion culturelle. Si aujourd’hui tu peux entreprendre ce projet, c’est une belle récompense.

    • Un article en trois parties quand même 🙂

      Je n’ai pas mentionné DVDCLASSIK, mais il est évident que ce forum a beaucoup influencé mes découvertes cinématographiques. Je suis ravie que tu te sois prêté à l’exercice ! C’est toujours très sympa d’en apprendre un peu plus !

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