Mes Historiettes

Déclics culturels qui sauvent la vie… #01

Déclics

« Et toi, qu’est-ce qui te [re]donne envie de t’attarder sur cette Terre ? »

En début de semaine Ina Mihalache, l’actrice, artiste plasticienne, monteuse et vidéaste canadienne qui alimente le blog Solange te parle, interpellait ses lecteurs et spectateurs dans une vidéo proprement bouleversante. Après nous avoir exposé les déclics culturels qui lui ont sauvé la vie,  la jeune femme nous priait de répondre à cette question : « C’est quoi ces objets qui t’ont aidé à être qui tu es, aidé à persévérer, aidé à tenir bon ? ». Touchée par la justesse de ses mots, j’ai vu dans cette invitation une bien jolie manière de revenir sur mon parcours de cinéphile, de lectrice ou de photographe, et somme toute de dresser le portrait de la jeune femme que je suis devenue au fil des années. Aujourd’hui, c’est donc moi qui parle à Solange, et partage avec vous les découvertes qui ont bouleversé ma vie.

*                    *                    *

Je garde très peu de souvenirs de mon enfance, mais aussi loin que remonte ma mémoire il y a toujours eu les histoires du soir. Je pense que comme Solange, et comme beaucoup de lecteurs, ces moments privilégiés avec ma maman et ma petite sœur ont contribué à développer mon amour des livres et des mots. Il y a eu bien évidemment les remaniements divers et variés des contes de Grimm et de Perrault, l’incontournable Martine qui a accompagné toute une génération de petites filles et pour finir les fameuses Fables de Jean de La Fontaine. Mais ma toute première émotion littéraire, c’est à la Comtesse de Ségur que je la dois. Je suis âgée de sept ou huit ans lorsque je découvre Les Malheurs de Sophie et Les Petites Filles Modèles, deux romans que je vais dès lors lire en boucle pendant plusieurs années, ne me lassant jamais des mots de leur auteur. Je suis à l’époque bouleversée par la cruelle destinée de cette enfant de mon âge, et ce n’est que bien plus tard que je découvre Les Vacances, le dernier volume qui vient couronner d’un happy end cette terrible trilogie.

Petites_Filles_modèles_067

Globalement le reste de ma scolarité à l’école primaire se passe sans encombre, ni découverte majeure. Je suis une élève moyenne pas spécialement intéressée par ce que l’on m’enseigne. En revanche je passe mon temps libre à lire de la littérature jeunesse, qu’importe l’auteur ou le sujet traité tant qu’il y a des pages et des mots. C’est avec mon entrée au collège que les choses s’accélèrent considérablement. Issue d’une génération bercée par les dessins animés de Walt Disney, je suis comme beaucoup d’adolescents de mon âge à la recherche du grand frisson. Dans un premier temps je m’initie au roman policier avec Agatha Christie, puis je me découvre une véritable inclination pour le genre horrifique, avec l’un de ses maîtres incontestés Stephen King ! Je n’ai jamais rien lu de tel, la puissance de ses mots me terrifie et chacun de ses livres est une véritable claque !

Le Fléau

En parallèle de cette révélation littéraire, je commence à m’intéresser au cinéma. Adepte de Joss Whedon et de Kevin Williamson, de fil en aiguille j’en arrive à découvrir Wes Craven et Robert Rodriguez. C’est définitivement à cette époque que remonte mon amour incommensurable pour les slashers. Pour me tenir au courant des actualités et des sorties cinématographiques, Internet n’est pas encore arrivé jusque chez moi, je m’abonne à Ciné Live, un magazine mensuel qui propose chaque mois aux lecteurs un CD-rom sur lequel figurent des bandes-annonces, des extraits de films et des interviews d’acteurs ou réalisateurs, et doucement je commence à poser les bases d’une cinéphilie hétéroclite en fréquentant assidûment le vidéo-club près de chez moi. En l’an 2000 j’ai treize ans lorsque Virgin Suicides sort sur les écrans, je tombe immédiatement sous le charme du style lunaire de Sofia Coppola et me laisse enivrer par la musique de Air. Je pense que c’est à cet instant précis que j’ai commencé à considérer le cinéma comme un art et non plus comme un simple divertissement…

Virgin Suicides

Alors que j’avance dans la rédaction de cet article, je me rends compte qu’il sera bien plus long que je ne l’imaginais. Pour bien faire, il me faudrait parler de cette professeur de musique fantastique qui m’a donné le goût du théâtre, de l’année 2002 qui a été celle des grandes découvertes et des jolies rencontres, de ma vocation assez tardive pour la photographie… Et si on se donnait rendez-vous demain pour un nouvel épisode ? Et si entre-temps vous m’évoquiez, vous aussi, vos déclics culturels ?

That’s all for now, folks !

Stay tuned for the next episode !

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12 réflexions sur “Déclics culturels qui sauvent la vie… #01

  1. Oh. Intéressant que tu te sois prêtée au jeu de Solange.

    Pour ma part, le premier vrai déclic culturel fut assez tardif, je devais probablement avoir 14 ans, et durant un Festival de Cannes, Canal+ s’était fendu d’une rétrospective sur les films historiquement marquants du Festival. J’y ai découvert Mulholland Drive, et c’est la première fois qu’il m’a semblé considérer le cinéma comme autre chose qu’un divertissement. J’ai toujours été très attaché au médium, jusqu’à tourner quelques films avec un de mes cousins, lorsque j’avais une dizaine d’années. On se gargarisait même d’avoir fait une trilogie : Dinosaures. Une histoire en trois actes, évidemment inspirée de Jurassic Park (qui dans un autre domaine fut lui aussi un déclic culturel), dans laquelle le tapis de mes parents nous servait de gigantesque plaine, leur canapé, d’hélicoptère, et mon père passant le balai, d’homme de ménage (oui, dans un hélicoptère). Le reste était un mélange de scènes de dialogues où nous tenions chacun un rôle, et de scènes voulues spectaculaires, où nous… filmions nos jouets !

    Mulholland Drive donc, fut la première fois où le cinéma me faisait non seulement rêver, mais me fascinait. La prestation de Naomi Watts, les quelques scènes d’opéra du film, la mise en abîme du travail d’actrice… Une vraie claque qui a déclenché en moi une boulimie cinématographique et m’a fait me ruer dans mon vidéoclub le plus proche, y découvrir les filmographies de cinéastes réputés que je ne connaissais jusque là pas. J’ai donc découvert en un minimum de temps des films comme Outrages, Apocalypse Now, Carlito’s Way, Il était une fois en Amérique, Eyes Wide Shut, 2001 : L’odyssée de l’espace, et bien d’autres encore. J’ai comme toi longtemps été abonné à CinéLive, mais à cette période, je me tourne successivement vers Studio, Première, Score, puis Brazil. Je suis leurs conseil religieusement, et je me tourne justement vers Sofia Coppola, que je découvrirai donc bien après toi, puisqu’avec Lost In Translation. C’est drôle mais je me souviens précisément d’une critique de Première expliquant qu’en sortie de séance, le journaliste avait ressenti l’envie de rentrer seul chez lui, à pied, sous la pluie battante. Sans enjolivement aucun, c’est exactement ce qui m’est arrivé. S’il faut reconnaître que la qualité de ses films s’est fortement dégradée par la suite, ces deux là sont incontestablement deux oeuvres qui resteront dans l’histoire de leur décennie.

    Vint ensuite la période allant de 2006 à 2008, peut-être la plus importante de ma vie. Je suis tout au long de ces trois années, passé de la continuité de ma découverte du 7ème Art durant ma licence cinéma à ma découverte de la photographie via une personne qui deviendra l’un de mes meilleurs amis, et donc à mon entrée aux Beaux-Arts, pour me spécialiser dans ce domaine. J’ai découvert à ce moment là des artistes comme Hiroshi Sugimoto, Jeff Wall, Nan Goldin ou encore Andreas Gursky. Tous m’ont fasciné, inspiré, et littéralement motivé à vouloir en faire mon métier. Certains de part la « picturalité » de leurs portraits, d’autres pour la science de leurs cadres, et une en particulier, Nan Goldin, pour sa dévotion au médium, sa vie étant en quelque sorte une série photographique.

    Cette période fut également ma rencontre avec Charles Bukowski, qui, sur un plan plus personnel, m’a beaucoup aidé à un moment où j’en avais fortement besoin. Là où la découverte de la photographie m’a marqué au point de vivre aussi intensément l’un que l’autre deux voyages à l’étranger (Charleroi, puis Prague) en 2007, Bukowski m’a lui permis de prendre du recul sur ma vie à ce moment précis. Je n’ai jamais été un grand consommateur d’oeuvres littéraires – et ce d’ailleurs à mon grand regret puisqu’il se trouve paradoxalement que j’adore lire -, mais je pense pouvoir dire aujourd’hui que ses petites histoires, ses divagations, son rapport à l’alcool, à ses semblables, et même le jugement qu’il portait à l’époque sur des auteurs comme Jack Kerouac, William S. Burroughs ou Ernest Hemingway m’ont permis de me construire comme jeune adulte, et de faire de moi la personne que je suis aujourd’hui. J’ai petit longtemps été naïf, timide et plutôt en retrait, et je pense rétrospectivement devoir mon « salut » à la culture. Trouver de l’intérêt dans le fait de me cultiver a non seulement développé ma curiosité, mais permis de grandir, et surtout, m’intéresser aux autres.

    Bref, il y aurait encore beaucoup à dire, mais mieux vaut m’en tenir à ça. J’espère en tout cas n’avoir fait ni trop soporifique, ni trop narcissique (désolé si c’est le cas), l’exercice est toujours un peu compliqué…

    • Non c’est parfait ! Et tu rappelles à mémoire Carlito’s way, ce film que j’avais oublié et qui m’avait beaucoup marquée à l’époque où je l’ai découvert… Je me souviens aussi de la diffusion de Mulholland Drive sur Canal Plus, c’est à ce moment là que je l’ai découvert 🙂

      Merci à toi de t’être prêté au jeu également !

  2. Pour résumer: j’ai vu Les Demoiselles de Rochefort à 13 ans, Le Dernier métro à 14. Et c’est à partir de là que j’ai voulu tout connaître du cinéma, de la Nouvelle vague… La médiathèque d’Amiens a grandement participé à ma naissance de cinéphile.
    Côté littérature, j’ai toujours été une lectrice mais mon vrai déclic, je le dois à ma prof de français de seconde… C’est grâce à elle que je fais ce métier aujourd’hui.
    J’adore le nouveau look de ton blog!

    • Ravie d’en savoir un peu plus sur ta passion. Moi je n’ai pas eu assez d’un article, je compte en proposer un autre demain ! Les Demoiselles de Rochefort est l’un de mes incontournables, évidemment 🙂

      Ravie que mon nouveau design te plaise 🙂

  3. Très jolie idée de billet, Marion !

    J’ai découvert la Comtesse de Ségur au même âge que toi et moi aussi j’ai lu et relu Les Malheurs de Sophie ainsi que ses suites. Et je suis une inconditionnelle d’Agatha Christie, que j’ai découverte à l’âge de 10 ans.

    Même chose pour Virgin Suicides et Sofia Coppola (mais en 2000 j’avais 18 ans ^^), j’ai lu le roman de Jeffrey Eugenides dans la foulée et ce livre fait partie de ceux qui ont marqué ma vie de lectrice.

    Sinon mes déclics culturels, j’ai dû en avoir un tas mais les deux premiers dont je me souvienne c’est d’abord E.T que j’ai vu en 86 à l’âge de 4 ans, et qui le tout premier film que j’ai vu (jusque-là je n’avais droit qu’aux dessins animés) et qui m’a bouleversée à tel point que ma mère s’est reprochée de me l’avoir laissé regarder…ce film a marqué le début de ma carrière de chouineuse 😀 ! Mais il a aussi marqué ma vie et je pense sincèrement que c’est E.T qui a fait de moi une cinéphile. En 2002, lorqu’ils l’ont ressorti au cinéma pour ses 20 ans, j’y suis allée comme en pèlerinage, toute seule, c’était presque mystique pour moi 🙂

    Le second déclic culturel, c’est Alice au Pays des Merveilles, le livre, que j’ai lu pour la première fois quand j’avais six ou sept ans et qui a sans aucun doute façonné mon imagination, je le vois dans ce que j’écris. C’est aussi à cause de ce livre que j’adore tout ce qui est loufoque, décalé et absurde 🙂

    • Merci de d’avoir joué le jeu ! Je suis contente d’en savoir un peu plus sur toi ! J’ai beaucoup aimé Alice au pays des merveilles également, mais je l’ai lu beaucoup plus vieille 😉

  4. J’aime beaucoup la démarche, je suis en train de regarder la vidéo qui me parle sans que je ne comprenne pourquoi.
    Je me retrouve dans « Virgin Suicide » (j’avais quelques années de plus, pas beaucoup) et dans Cinélive, dont j’avalais avidement les bandes-annonces sur le CD (puis j’avais aussi pris tous les studios avec DVD comprenant bonus, courts-métrages, etc.). On n’imaginerait plus acheter des revues juste pour pouvoir avoir ce genre de CD/DVD maintenant ^_^.

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