Mon Coin Cinéma

L’Apollonide – Bertrand Bonello

Les hommes ont des secrets, mais ils n’ont pas de mystère.

À l’aube du XXème siècle, dans une maison à Paris, une prostituée a le visage marqué d’une cicatrice qui lui dessine un sourire tragique. Autour de la femme qui rit, la vie des autres filles s’organise, leurs rivalités, leurs craintes, leurs joies, leurs douleurs… Du monde extérieur, on ne sait rien. La maison est close.

L’Apollonide c’est le nom de la maison tenue par Madame Marie-France. Un lieu qui respire au rythme des filles qui l’habitent, un espace qui prend la forme ronde du temps, une maison qui existe et devient finalement elle-même un personnage à part entière.

On le sait désormais, la maison est close et c’est dans un huis clos intemporel qui renferme l’origine du monde  à l’aube d’un siècle nouveau que le spectateur s’apprête à laisser deux heures de sa vie, là où le temps n’existe plus, mais là aussi où il coûte le plus cher.

Deux heures… Et pourtant on ne perd pas une minute, c’est dès les premières secondes que l’Apollonide surprend. S’il ne peut faire circuler ses personnages que dans l’espace restreint de la maison, Bertrand Bonello décide de s’emparer du temps pour donner à leurs mouvements une toute autre dimension. Les scènes s’enchevêtrent pour mêler cauchemar et réalité, ainsi que pour démêler la vie de chacune des filles si intimement liées.

Mais cette élasticité du temps ne vient en aucun cas pallier à l’ambiance lourde et toxique qui émane des soirées organisées dans la maison. Et ce sentiment d’asphyxie se fait d’autant plus ressentir après la seule et unique séquence en extérieur, un déjeuner sur l’herbe teinté de rires et de soleil, qui se donne comme un dernier baiser empoissonné avant le retour à la maison et au prosaïsme du métier de prostituée.

Bertrand Bonello évite les écueils du genre, il ne tombe pas dans la nostalgie d’une époque révolue, il ne fait pas non plus de son film un pamphlet politique sur un sujet ô combien d’actualité. Non, il prend le parti pris de l’esthétisme, de la poésie et fait à ses actrices, et aux femmes en général, la plus belle déclaration d’amour qui soit. Sa mise en scène se fait d’une part légère et gracieuse, éludant en partie les scènes de sexe, d’autre part généreuse et cruelle dans le traitement de la violence.

On ne peut que saluer le travail méticuleux de reconstitution qui tente d’ancrer le film dans la Belle Epoque, et admirer la beauté des décors, des costumes et autres accessoires. Mais peu importe l’époque, les choix esthétiques et musicaux de son réalisateur font du film une œuvre profondément moderne, bercée par des accents de soul américaine. Et si le film étonne par ces décalages, ils n’ont pourtant jamais semblé si justifiés.

Tout est fait pour sublimer les femmes. Et quelles femmes… Toutes si différentes, mais pourtant tellement harmonieuses lorsqu’elles se font face dans un même plan. Je mettrais une mention particulière à Céline Sallette et Jasmine Trinca dont les beautés, ainsi que les personnages, m’émeuvent en tout point. Mais aucune des autres, connues et moins connues, ne déméritent.

Si certaines occupent une place plus importante dans le récit, toutes se soutiennent, s’entraident et s’aiment. Et c’est là finalement toute l’essence de l’Apollonide, une histoire d’amour, une histoire de femmes, belles et fatiguées, et qui un siècle plus tard seront encore là.

2 réflexions sur “L’Apollonide – Bertrand Bonello

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